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It happened in Lebrija: The voice of all became the voice of one

ENGLISH

Juan Manuel Suárez-Japón
Rector Magnificus of the International University of Andalusia

Perhaps the mystery lies in the origin. That invisible halo which sustains life and lends the essential breath to the soul. “Do not worry about life/what you will eat or drink/your father watches over you”, in the sublime expression of two brothers from Lebrija, Juan and Pedro Peña Fernández, symbols of a culture and trademarks of a place included in the “holy land of flamenco”. And perhaps in these intangible reasons which makes dreams come to is also rooted the imperative need that men and women wish to express what is screaming in their souls through music, folk songs and dance.

None of this is inseparable from the place where they live, from the landscape that limits their gaze, from the succession of generations in the same environment. This is where the beautiful reality will show itself, the decisive discovery of knowing that between musical expressions and the land in which they are born, an eternal bond of mutual identities is woven. This music thus born, these folk songs, are “folk songs for all” and by all are perceived and handed down as something that is theirs. It is a type of expression which refers to the place in the same way that the place explains the reason for these peculiar forms of expression. In this fashion, transcendent identities which go far beyond the inherent cultural realm to be reflected in the broadest scope of the ways of doing things, thinking and feeling of the people in a tangible form.

Nevertheless, it was not yet what we would later call flamenco or gypsy-Andalusian-gypsy folk song. For this to happen, for the miracle to occur once again, it was necessary for “the folk song of all to become the folk song of one”, according to the precise description bequeathed to us by the Master Manolo Sanlúcar. The common folk song was an extensive and rich magma of music, from which only a few of its members, masters of special skills, were capable of constructing a new form of expression: the flamenco song. The emotions which had long been present in many people: their dreams, their bereavements, their loves.., were “interpreted” by a few, those who possessed the gift. But they, in turn, were the fruits of the common culture of all, impregnated by that culture, as it was there that the primordial sources of their art were found”.

And all this happened in LEBRIJA. Not only here, but in Lebrija, and in a very notable fashion, having as one of its cradles the movement which gave rise to the Andalusian gypsy folk song. Families of “flamenco gypsies”, - as Pedro Peña so aptly put it -, who settled in these open spaces between the countryside and the marshes of the great river, joined the needy who safeguarded the ancient music and with whom they shared the even fortunes of the survivors of injustice. This union was cultivated by tolerance, mutual acceptance, the intuition that the future lay in the sum of everyone's hopes. In this fashion Lebrija managed to be, - and will continue to be -, a distinguished name in the “holy land of flamenco” and also the home of the popular music which stretches throughout the lower south area of Andalusia.

Ces faits ont eu lieu à Lebrija : la voix de tous est devenue la voix d’un seul cœur

FRANÇAIS

Juan Manuel Suárez-Japón
Recteur magnifique de l’Université internationale d'Andalousie :

À l’origine, le mystère était peut-être là. Cet aura invisible qui soutient la vie et dote l’âme d’un souffle indispensable. « Ne vous souciez pas de la vie / de ce que vous mangerez ou boirez / Votre père s’occupe de vous », dans l’expression sublime de deux frères de Lebrija, Juan et Pedro Peña Fernández, deux symboles de la culture et marques d’un endroit enclavé dans ce que l’on appelle la « terre sainte du flamenco ». Et c’est peut-être dans ces raisons incorporelles qui font naître les rêves que s’enracine le besoin impérieux des hommes et des femmes d’exprimer le cri de leurs âmes à travers la musique, le chant et la danse.

Rien de tout ceci ne peut être dissocié de leur lieu de vie, du paysage qui borne leurs regards, des générations qui se succèdent dans un même milieu. C’est là que la belle réalité se dévoile, dans la trouvaille décisive de savoir qui, parmi les expressions musicales et sa terre de naissance, se noue un lien éternel d’identités mutuelles. Ces musiques naissantes, ces chants, sont des « chants de tous », étant perçus par tous et transmis comme quelque chose de personnel. Il s’agit d’un type d'expression qui fait référence au lieu dans la même mesure que le lieu explique la raison de ces façons particulières de s'exprimer. Des identités transcendantes au-delà de ce qui est proprement culturel se sont ainsi concrétisées afin de se refléter dans le plus large domaine des manières d’être, de penser et de sentir des peuples.

Mais ce n’était pas encore ce que l’on appellerait plus tard le « flamenco » ou « chant gitan-andalou ». Pour que ce soit possible, pour que le miracle se répète, « le chant de tous devait devenir le chant d’une seule voix », suivant la description exacte que le maître Manolo Sanlúcar nous a laissée. Le chant commun était un magma vaste et riche de musiques à partir desquelles seuls quelques-uns de leurs membres, dotés de certaines capacités spéciales, ont été capables de bâtir un nouveau mode d’expression : le chant. Les sentiments qu’ils évoquaient chez de nombreuses personnes et depuis longtemps : leurs rêves, leurs deuils, leurs amours... étaient « interprétés » par certains privilégiés qui avaient ce don. Mais à leur tour, ils étaient le fruit de la culture commune à tous, ils en étaient imprégnés car elle servait de base aux sources primitives de son art ».

Et tous ces faits ont eu lieu à LEBRIJA. Non seulement ici, mais à Lebrija, et d’une manière très évidente, l’un de ces berceaux a connu la transition qui a donné le jour au chant gitan andalou. Des familles de « gitans flamencos », selon la distinction judicieuse de Pedro Peña, installés sur ces terrains ouverts entre la campagne et le marais de la grande rivière, se sont ajoutés aux indigents qui sauvegardaient les musiques anciennes et à ceux qui partageaient le sort des survivants des injustices. Cette union a alors été fertilisée par la tolérance, par l'acceptation mutuelle, par l’intuition selon laquelle l’avenir résidait dans la conjonction des aspirations de tous. C’est ainsi que Lebrija est devenue, et sera toujours, un nom illustre dans la « terre-sainte du flamenco », ainsi que le refuge des musiques populaires qui s’étendent dans cette région méridionale de l’Andalousie.