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The role of women in the flamenco of Lebrija

ENGLISH

Cristina Cruces Roldán
Professor of Social Anthropology at the University of Seville.

From the family and community environment to the professional sphere, women represent an essential part of the flamenco character of Lebrija.

Popular women and “homemaker” gypsies have been, and continue to be, the bearers and emissaries of flamenco. In other times, their practices and knowledge were installed in the privacy of the same home that so often denied these women the opportunity of being artists, and even of singing or dancing in public. But these women always found in flamenco a sign of identity, a group language with which to channel performance and intergenerational learning.

The memory of La Cochinita, La Perrenga, Fernanda la Vieja, Fernanda la de Pinini, Antonia la Reyes, La Juanicha, La Rumbilla, María Peña, La Chacha Luisa or Antonia Pozo, who did not become professionals, still loom over the flamenco songs of Lebrija. The testimonies of the flamenco singers Antonia Peña la Morena and Pepa de Ricardo have been ingrained, and the women born in Lebrija, in families such as the Los Pinini, the Los Pelao, the Los Peña and the Los Bacán, lived alongside others born outside Lebrija, but Lebrija residents for life, such as Cristobalina Suárez. The last experiences of the Utrera-born Perrata and the mettle of Pepa Vargas were epitomised in flamenco, both at the beginning and in the future, perhaps silently, of great artistic families which are now part of history.

Several of these silences were broken belatedly, and bore fruit in the portentous voices such as that of Inés Bacán. Others were challenged by invoking their own territories, such as the dance with which Concha Vargas fuses self-restraint and plethora, or the echoes of flamenco singer family such as La Caneca. And the times bring us back the young names such as Anabel Valencia, Eva Ruiz or Fernanda Carrasco, who occupy the renewal of the voices of the 21st century from the most ancient tether.

And there is yet another world that of popular festivals, where the women of Lebrija reclaim themselves as masterminds in a unique time of female participation and protagonism. The May Crosses Festival (Cruces de Mayo) is the stage and festival for the “abolerado” dances for Sevillanas, and the unmistakable Andalusian song and dance sounds of María La Peraña, Juana Vargas, María Jesús la Birira, Castillo La Bocha and so many more, still resound as a shining synthesis of voices, frenetic rhythms and percussion to the rhythmic tempo of rhythm sticks, hand clapping and tambourines.

Le rôle de la femme dans le flamenco de Lebrija

FRANÇAIS

Cristina Cruces Roldán
Professeure d’anthropologie sociale à l’université de Séville

Tant dans le milieu familial et de voisinage que dans le domaine professionnel, les femmes représentent une partie essentielle de la personnalité flamenca de Lebrija.

Les femmes populaires et gitanes « au foyer » ont été et sont toujours des agents porteurs et transmetteurs du flamenco. Dans le passé, leurs pratiques et leur savoir se sont installés dans l’intimité du foyer-même qui les a très souvent empêchées de devenir des artistes, voire de chanter ou de danser en public. Mais le flamenco les a toujours dotées d’un signe d’identité, d’un langage de groupe permettant de guider l’interprétation et l’apprentissage intergénérationnel.

La mémoire de La Cochinita, La Perrenga, Fernanda la Vieja, Fernanda la de Pinini, Antonia la Reyes, La Juanicha, La Rumbilla, María Peña, La Chacha Luisa ou Antonia Pozo, qui n’ont jamais été des professionnelles, survole encore les airs flamencos de Lebrija. Les témoignages chantés d’Antonia Peña la Morena ou de Pepa de Ricardo y sont restés imprégnés, et les femmes nées à Lebrija, au sein de familles telles que Pinini, Pelao, Peña ou Bacán, ont cohabité avec d'autres familles venues d’ailleurs, mais lebrijanas de vie, comme c’est le cas de Cristobalina Suárez. Les dernières expériences de Perrata (originaire d’Utrera) et le courage de Pepa Vargas ont su s’incarner dans le flamenco, notamment dans la naissance et le devenir, souvent silencieux, de grandes familles artistiques qui s’inscrivent à présent dans l’histoire.

Certains de ces silences se sont brisés tardivement et ont fructifié dans des voix prodigieuses comme celle d’Inés Bacán. D’autres ont été défiés à travers l’invocation de territoires propres, comme la danse avec laquelle Concha Vargas fusionne modération et débordement, ou les échos de certaines chanteuses de famille telles que la Caneca. Et le temps nous retourne les jeunes noms d’Anabel Valencia, Eva Ruiz ou de Fernanda Carrasco, incarnant le renouvellement des voix du XXIe siècle depuis le plus ancien ancrage.

Mais il y a également un autre monde de la fête populaire dans lequel les femmes de Lebrija se présentent comme les artisanes dans un temps unique de participation et de proéminence féminine. Las Cruces de Mayo sont une scène et un jubilé pour les danses évoquant des boléros avec des Sévillanes, et les sons de cour incomparables de María la Peraña, Juana Vargas, María Jesús la Birira, Castillo la Bocha et autant d’autres, qui retentissent encore comme une synthèse lumineuse de voix, de rythmes frénétiques et de percussions au rythme des mortiers, des mains qui claquent et des tambourins.